Unité d’infectiologie de l’Inra de Tours Nouzilly : Une course de fond silencieuse contre l’infiniment petit

Au quotidien l’équipe de l’unité d’infectiologie côtoie des micro-organismes qui font la une des médias. Virus influenza, herpès de Marek, Escherichia coli, coccidioses sont étudiées à Nouzilly dans des laboratoires de haute sécurité dont un de type L3 réservé aux souches particulièrement virulentes.

Daniel Marc et son équipe veillent sur la santé, celle des citoyens et des volailles avec un double challenge : protéger le consommateur et réduire les intrants médicamenteux utilisés en élevage intensif. H1N1, H7N9, H5N8…ici on étudie la pathogénicité de cette drôle de famille commençant par un H et qui passe son temps à se recombiner et à faire la nique aux vaccins.

Ses chercheurs sont des chasseurs de virus. Virus voyageurs qui, une fois sortie du chapeau chinois sont véhiculés sur toute la planète par les oiseaux migrateurs. Les volailles sont des cibles de choix où ils s’expriment sous la forme de bronchite infectieuse, de maladie de Newcastle et de grippe aviaire. La traque utilise la haute technologie du séquençage des génomes apte à dénicher ses agents pathogènes. Les virologues s’attachent à identifier les mécanismes moléculaires et les mutations qui permettent au virus de quitter son réservoir et de s’adapter aux volailles domestiques. Les études se font in vitro, lors de l’infestation cellulaire ou sur des modèles animaux. La compréhension des mécanismes conduit ensuite à la mise au point de ripostes empêchant sa duplication.

Pour les bactéries, l’Inra améliore l’identification des souches (Escherichia coli) via leur ADN. En bactériologie, la priorité est d’éviter l’apparition de souches résistantes à tous les antibiotiques connus. Le risque existe, notamment avec la tuberculose, en recrudescence. C’est pourquoi, partout dans le monde les équipes reprennent des travaux sur les virus tueurs de bactéries arrêtés en Occident par l’arrivée de la pénicilline. Les phages ou virus bactériophages sont capables de lutter efficacement contre les bactéries résistantes et les chercheurs de l’ouest s’inspirent des travaux de Géorgie, pays leader de la phagothérapie. Les chercheurs s’intéressent aussi aux défensines, petites molécules produites par les systèmes immunitaires. Agissant différemment des antibiotiques, elles n’entrainent pas de résistance bactérienne. Trois de ses défensines ont été isolées par l’Inra dans la moelle osseuse du poulet. L’identification des pathogènes sensibles à ses molécules est en cours. La médecine douce constitue aussi une piste suivie notamment pour l’élevage fermier ou label. Huiles essentielles, probiotiques et plantes à tanins semées dans la prairie sont aussi d’option à l’étude dans cette unité.
Philippe Guilbert

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