La longue marche d’Alsadig

Ils sont syriens, afghans, tchéchènes ou soudanais, fuyant leur pays en guerre pour trouver une terre d’asile. Rencontre avec l’un d’entre eux, saisonnier chez un maraicher.

Depuis le sud Soudan jusqu’aux Jardins de Meslay où il travaille, Alsadig Ishaaq Aboubakar a fait un long chemin. Plus de cinq mille kilomètres en taxi brousse, en camion, à pied et en bateau et pour finir un train pour Tours. Il a fui pour sauver sa vie. Dans le Darfour en guerre, étudiant, il est arrêté avec son père par une pseudo-police, qui le bat et le torture. Son corps, ses genoux portent encore les stigmates des sévices. Son père, lui, n’est pas ressorti vivant. Contraint de laisser sa mère et sa sœur, le 9 novembre 2011, il prend la route du Tchad voisin,  direction N’Djamena à 700 km plein ouest. Dans la capitale Tchadienne, un commerçant soudanais accepte de le prendre sous son aile. Cette fois, destination Libye. Cap au nord-est, 40 jours de marche dans une région doublement inhospitalière ; le désert sans finet des foyers de guérilla latents. La caravane convoie 70 dromadaires vers Al-Koufrah où ils seront vendus pour leur viande. Al Sadig finit par rejoindre sa destination.  En ce début 2012, Khadafi est mort depuis quelques mois et le pays n’a pas encore sombré dans le chaos. Alsadig travaille trois mois à la porte du désert, puis rejoint Tripoli où un emploi comme domestique lui permet d’économiser. Au Soudan, il a étudié l’italien et naturellement il rêve d’aller en Europe pour y construire une vie normale. Son pactole de 1300$, il le verse à un passeur, et embarque sur un ferry. Quatre jours plus tard il distingue à l’horizon le port de Marseille. « Je suis descendu du bateau, je ne connaissais bien sûr personne mais rapidement j’ai trouvé des gens parlant arabe. Et on m’a conseillé de monter vers le nord de la France où ce serait plus facile d’obtenir l’asile politique confie-t-il en français. J’ai pris un train pour Tours un peu au hasard. On m’avait dit en arrivant d’aller à la Croix rouge et je l’ai fait. » Hébergé au foyer Albert Thomas, pris en charge par l’association Emergence, Alsadig travaille actuellement comme saisonnier sur l’exploitation de Nicolas Sterlin à Parçay-Meslay.  A 26 ans, il impressionne par sa simplicité et son charisme. Il continue d’apprendre le français au quotidien en s’aidant encore parfois de son dictionnaire franco-italien. Sa mère et sa sœur savent qu’il est en vie et à l’abri.

Philippe Guilbert

  • Emergence est une association d’aide et d’accueil d’un public en difficulté . Elle dispose de différents lieux d’accueil et assure grâce à une équipe de salariés et de bénévoles des cours d’alphabétisation. tél. 06.82.87.89.85.
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