Maladies du bois : La FAV présente la facture

Les députés de la mission parlementaire chargée d’évaluer l’impact des maladies du bois de la vigne sur l’économie viticole ont eu droit en Touraine à Panzoult le 12 juin 2015 à une analyse en règle de la situation dressée par la fédération des associations viticoles.


 

Esca black dead arm et eutypiose sont trois maladies du bois de la vigne qui provoquent des dégâts inquiétants dans le vignoble depuis l’interdiction en novembre 2001 de l’arsénite d traitement connu.

Le 13 octobre 2010, la Fédération des Associations Viticoles d’Indre-et-Loire et de la Sarthe avait reçu Monsieur le préfet d’Indre-et-Loire dans les vignes de Mosnes pour alerter pouvoirs publics et élus locaux sur ce fléau.

A cette occasion, la FAV 37 avait présenté une étude chiffrant le coût des maladies du bois entre 12 et 14 millions d’euros par an pour le seul vignoble d’Indre-et-Loire (voir annexe).

A l’occasion du Conseil de bassin viticole Val de Loire-Centre qui s’est déroulé à la préfecture d’Indre-et-Loire le jeudi 28 avril 2011, la Fédération des Associations Viticoles d’Indre-et-Loire et de la Sarthe a rappelé l’ampleur du problème des maladies du bois et demandé que «la filière soit soutenue dans le cadre des maladies du bois par un système de subventions consacré au maintien de l’outil».

La FAV 37 a demandé à cette occasion que soit réactivé l’observatoire des maladies du bois à l’échelle du Val de Loire et que la lutte prophylactique soit rendue obligatoire par arrêté préfectoral.

 

A défaut d’un véritable remède que les vignerons attendent avec tous les leviers à sa portée et obtenu quelques avancée!

–              Un arrêté préfectoral de lutte obligatoire contre l’eutypiose

–              La réactivation de l’observatoire des maladies du bois

–              Un arrêté préfectoral sur le statut du fermage tenant compte de l’impact des maladies <fc

–              Des formations, avec la Sicavac et la Chambre d’Agriculture d’Indre-et-Loire, sur le recépage et les techniques de taille alternatives.

Un arrêté préfectoral de lutte obligatoire contre l’eutypiose

Suite à la demande de la FAV 37 et sur proposition du Directeur Départemental des Populations, Monsieur le préfet d’Indre-et-Loire a signé le 3 octobre 2011 un arrêté préfectoral de lutte obligatoire contre l’eutypiose.

L’arrêté préfectoral ne cite pas l’esca et le black dead arm (les deux autres maladies du bois) parce que celles-ci ne figurent pas dans l’arrêté du 25 août 2011 modifiant l’arrêté du 31 juillet 2000 «établissant la liste des organismes nuisibles aux végétaux, produits végétaux et autres objets soumis à des mesures de lutte obligatoire».

Cet arrêté préfectoral doit cependant permettre de généraliser dans tout le vignoble les mesures prophylactiques recommandées dans la « Note nationale Maladies du Bois » rédigée en 2007 par un groupe de travail (Institut Français de la Vigne et du Vin (ENTAV- ITV France), Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), Ecole Nationale d’Ingénieurs des Travaux Agricoles de Bordeaux (ENITAB), ministère de l’Agriculture et de la Pêche, Viniflhor).

Cette note précise :

« II est nécessaire de diminuer les sources d’inoculum (prophylaxie) : cette mesure est une des plus importantes et sera d’autant plus efficace qu’elle est pratiquée par tous les vignerons. Les souches malades, mortes ou les parties mortes de ceps vivants (bras morts, sarments morts), qui portent les sources d’inoculum des champignons, doivent être impérativement éliminées, soit en les brûlant, soit en les stockant à l’abri de la pluie. Cette opération doit se réaliser avant la taille. L’opération sera facilitée par un repérage des ceps malades au stade 8-2 feuilles pour l’eutypiose et en pré-vendange pour l’esca et le BDA. »

La mise en œuvre concrète de cet arrêté, à la charge des maires, reste cependant très difficile..

 La ré-activation de l’observatoire des maladies du bois :

En 2003, un observatoire des maladies du bois avait été mis en place dans toute la France pour une durée initiale de 3 ans, pour mesurer l’évolution de la maladie (note de service n°DGA1/ SDQPV/N2003-8085 du 19-05-2003). En Indre-et-Loire, 19 parcelles étaient ainsi suivies.

Parce que cette observation n’était plus financée depuis 2008, la Fédération des Associations Viticoles d’Indre-et-Loire a dû en 2010, en partenariat avec la Chambre d’Agriculture d’Indre-et-Loire, reprendre à son compte le financement de ces observations. Lors du Conseil de Bassin d 28 avril, tous avaient admis la nécessité de coordonner cet observatoire à l’échelle du Val de Loire, pour avoir une idée plus précise de l’importance et de l’évolution de cette maladie.

Sous l’égide du Conseil de Bassin, France Agrimer, les Chambres d’Agriculture et Interloire ont dressé le bilan des suivis effectués en Val de Loire, proposé une rénovation du réseau (nouvelles parcelles) et organisé la coordination du protocole d’observation.

Le réseau a pu être réactivé en 2012 dans tout le Val de Loire.

Depuis 2014, le Conseil Départemental d’Indre-et-Loire participe à l’effort financier de la FAV 37 pour contribuer au fonctionnement de cet observatoire.

Un arrêté préfectoral sur le statut du fermage tenant compte de l’impact des maladies du bois.

Avec un taux de mortalité d’environ 3 % par an, les maladies du bois ont remis en cause fondamentalement l’équilibre économique entre propriétaire de vignes et exploitants, les exploitants ne pouvaient plus supporter seuls le remplacement des pieds de vignes.

Devant la Commission consultative paritaire départementale des baux ruraux, la FAV 37 a plaidé en faveur d’un nouvel équilibre à trouver.

Propriétaires et exploitants ont admis le risque de conflit qui pouvait naître devant le Tribunal des Baux Ruraux si l’exploitant ne parvenait plus à endiguer les dégâts causés dans les vignes par les maladies du bois.

Le 18 juillet 2012, le préfet d’Indre-et-Loire a signé un nouvel arrêté préfectoral relatif au statut du fermage.

Pour tenir compte des maladies du bois, l’article 14.2 prévoit : Entretien de la plantation : Après accord préalable des parties, les frais sont répartis comme suit

  1. A la charge du bailleur :
  • Fumure de fond, minérale,
  • Fourniture des plants, piquets, fil de fer, tuteur et dispositif de protection contre le gibier

2. A la charge du preneur :

  • Arrachage des souches mortes,
  • Fumure organique, si nécessaire,
  • Travaux de plantation,
  • Travaux d’entretien et frais culturaux (pendant 3 ans à la charge du preneur).

L’exploitant supporte la totalité des frais de main d’oeuvre (soit 75 à 85 % du coût du remplacement). Le propriétaire participe à hauteur de 15 à 25 % du coût total.

Des formations, avec la Sicavac et la Chambre d’Agriculture d’Indre-et-Loire, sur le recépage et les techniques de taille alternatives.

Avec la Sicavac (Service Interprofessionnel de Conseil Agronomique, de Vinification et d’Analyses du Centre) et la Chambre d’Agriculture d’Indre-et-Loire, des formations ont été organisées pour former les vignerons et leurs salariés au recépage et à des techniques de taille susceptibles de freiner la mortalité des pieds de vigne.

Ce qu’il reste à faire :

Soutenir la recherche fondamentale :

« Les sommes consacrées et la coordination européenne et internationale des travaux de recherche sont-ils à la hauteur de l’enjeu ? »

C’est la question qu’avaient posée les représentants de la FAV 37 lors d’un colloque organisé le 9 décembre 2010 par l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV) au Ministère de l’Agriculture.

Où en est-on aujourd’hui ?

Maintenir le potentiel de production :

Dans le cadre du Cap filière signé en juillet 2009, le conseil régional du Centre a accordé une enveloppe de 600 000 € sur 4 ans pour aider à la complantation du sauvignon. Cette aide a été utile pour préserver le potentiel de production.

Le Ministère de l’Agriculture a défendu, dans le cadre de l’Organisation Commune de Marché, une proposition de modification de la réglementation communautaire afin de rendre éligible à la mesure « restructuration et reconversion du vignoble » la replantation pour des raisons sanitaires.

La France n’a malheureusement pas été suivie par la Commission européenne.

La FAV 37 est d’autant plus favorable à cette mesure que nous profitons très peu de la mesure « restructuration et reconversion du vignoble », ciblée sur les régions qui ont besoin de relocaliser leur vignoble ou de modifier leur encépagement

Classer l’esca et le black dead arm parmi les « organismes nuisibles aux végétaux »

Afin de généraliser les mesures de prophylaxie, il faut donner aux préfets les moyens de prendre des mesures de lutte obligatoires contre les maladies du bois.

La FAV 37 a plusieurs fois demandé à la DDT, au Préfet d’Indre-et-Loire, à la DRAAF, au SRAL, au Conseil de Bassin… que l’esca et le black dead arm puissent figurer dans l’arrêté du 25 août 2011 modifiant l’arrêté du 31 juillet 2000 «établissant la liste des organismes nuisibles aux végétaux produits végétaux et autres objets soumis à des mesures de lutte obligatoire».

Nous n’avons pas encore été entendus…

Maladies du bois : un fléau économique pour les territoires viticoles

Trois cépages sont particulièrement concernés : cabernet franc, chenin et sauvignon blanc.

Le vignoble d’Indre-et-Loire est planté de 4 750 ha de cabernet franc, 3 132 ha de chenin blanc et 278 ha de sauvignon blanc (sources Inao 2008).

La densité moyenne de plantation est de 6 000 pieds/ha pour le sauvignon, 5 000 pieds/ha pour le cabernet franc et 6 500 pieds/ha pour le chenin.

Ces trois cépages représentent un total de 45 776 000 de ceps en Indre-et-Loire.

On peut considérer que les maladies du bois entraînent la mort, en moyenne, de 3 % de pieds par an, soit 2 288 800 ceps (source ÇA 37). Une moyenne de 3 % ne semble pas constituer une estimation alarmiste.

Le coût du remplacement d’un pied de vigne est estimé entre 9,03 et 10,16 € (source ÇA 41)

En Indre-et-Loire, les maladies du bois provoquent chaque année dans le vignoble des dégâts qui peuvent être estimés entre 12 et 14 millions d’euros !

La valeur de la production viticole du département est estimée à 108 M€ (source Agreste).

On peut donc considérer que les maladies du bois coûtent à la viticulture plus de 10 % de la valeur de la production.

Si l’incidence de ces maladies augmente, et si la mortalité atteint 5 % en moyenne pour les trois cépages les plus concernés, les dégâts représenteront plus de 20 millions d’euros/an.

 

Le coût des maladies du bois du Domaine Charles Pain (source Chambre d’agriculture d’Indre & Loire et FAV 37)

 

Moyenne des rendements du domaine
Avant 2000 52hl/ha
Après 2005 42hl/ha

Nb : Chiffres estimés par Charles Pain hors dommage climatique

Les chiffres clefs

Coût total du remplacement d’un cep (comprenant main d’oeuvre, fournitures et entretien sur 4 ans): 10€ (Source FAV 37 et Syndicat des vins de Chinon 2015)

Mortalité annuelle des ceps par hectare estimée pour le domaine et pour l’appellation :

2.4%  (Source  Syndicat des vins  de  Chinon  2015)  soit  1200C  de  coût  de remplacement par ha et par an.

Non productivité annuelle pour l’appellation:

8% (Source Chambre d’Agriculture d’Indre-et-Loire pour l’observatoire maladie du bois de l’interprofession et de la FAV 37)

 

Coût des maladies du bois pour le domaine
  Moyenne annuelle en €/ha Moyenne annuelle en €/ha pour 50 ha
Manque à gagner des vins non vendus. 1800 90 000
Coût des remplacements pour le domaine. Il est réalisé tous les ans par tranche de 10 ha 1200 60 000
Facture 3 000 150 000

(Moyenne du prix au litre des vins du domaine: 4,5€)

Par exemple, ces 150 000€ économisés permettraient l’embauche de 5 salariés.

 

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