Bourgueillois : L’ado du cheval bon pour la vigne

Hervé et Terroir viennent de chausser le clos de Rochouard pour l’hiver. « De la belle belle ouvrage » comme on dit à Bourgueil.

Les oreilles grandes ouvertes,vives, tournent ; captant tous azimuts les bruits de cet environnement qu’il ne connaît pas. Terroir a mis en alerte son ouïe mais n’en accomplit pas moins sa tâche avec ardeur, puissance et bonne volonté. Il faut dire que cet hongre breton (à voir aussi la vidéo et le lien pour la formation cheval de travail en fin d’article) est mené par les mains sûres d’Hervé Ménard. L’attelage sortit du brouillard fait attraction à Bourgueil avec un lotissement sur la droite et le collège sur la gauche. Des grappes de lycéens s’attardent entre deux cours (et quinze sms) pour regarder ; intrigués, cette scène d’un autre âge, des ados regardant les ados se lever et s’arrondir. Face à eux, trois chevaux de trait travaillent la vigne ; l’un chausse les ceps en deux ados de charrue, les deux autres, menés par des compères gratouillent l’inter-rang à coup d’hippo-canadiens. La flore concurrente de la vigne n’a qu’à bien se tenir. Des voitures ralentissent. Des conducteurs s’arrêtent le temps d’une photo smart phone. Une jeune femme au milieu d’un jardin montre à son enfant cette scène urbano-bucolique. Des anciens fouillent dans leurs souvenirs pour jauger et apprécier le travail. Leurs mains d’anciens paysans parlent d’elles -même. Elles disent qu’elles aussi, dans la première moitié d’un autre siècle, elles ont tenues les brides de cuir. Cultivateurs dans leur jeunesse, ils ont suivi de leurs yeux le travail de ces outils, si bien conçus et de nouveau attelés. Ils ont entendu dans le silence du vent, le crissement si particulier de l’acier sur le limon sableux, un son attachant qui suit d’une fraction de seconde le léger fracas régulier et sourd des sabots sur le sol de la vigne. Cinquante de mécanisation n’effacent pas deux mille ans de compagnonnage entre l’homme et l’animal de trait. Cette complicité exigeante, ces bruits, cette ambiance attirent actuellement de nouveaux vignerons. La qualité du travail aussi. Le cheval, qui, comme chacun sait, consomme très peu de fioul, tasse peu le sol. Autant d’attraits qui ont séduit Hervé Ménard.
Par attrait et par économie
Avec son micro domaine d’à peine trois hectares, Hervé, installé, tout près de là avec Patricia mène de front depuis 1994, , la gestion viti-vinicole de leur propriété et des emplois d’ouvrier viticole. « Prestataire pour les travaux de bras », il a appris le travail avec un cheval de trait par attrait et par économie. « Avec notre petite surface, il aurait été déraisonnable d’investir dans du matériel. Dès que l’on s’y connait, on déniche des outils anciens bien conçus pour une poignée d’euros. » Maintenant il propose sa compétence à façon. En ces premiers jours de décembre, un contrat l’a mené dans une vigne en ville ; un rectangle de 60 ares appartenant au domaine de Rochouard. Pour les frères Duveau, ses propriétaires, il était tout naturel que cette parcelle isolée soit travaillée par un cheval. « Même si nous entretenons le reste de nos vingt hectares avec des tracteurs, nous voulions que cette vigne soit cultivée le plus naturellement possible » raconte Dominique. Un peu comme un symbole pour ce domaine qui attend l’agrément bio pour l’année prochaine. « Hervé reviendra à la fin de l’hiver pour le déchaussage, puis après, selon l’enherbement présent. » Coût de la prestation, 47 € HT de l’heure. « En moyenne sur un hectare, il faut compter 80 à 100 heures cheval estime Hervé. Ici au clos du Rochouard, je repasserai en mars ouvrir une raise pour décavaillonner. Physiquement, à 45 ans, le décavaillonnage, c’est le plus dur. Et puis pas question d’être distrait. Avec un cheval, il y a de la tension, il faut tout le temps rester sur le qui-vive. Comparé au tracteur, il est plus difficile d’anticiper. Au bout de trois heures en continue, le corps fatigue, on a dix kilomètres de marche bancale dans les jambes tout de même. Quand c’est possible, je travaille en équipe. » Alors quand arrive l’heure de la pause, le casse-croûte avec les copains est bienvenu et en trinquant, fourbu mais content, chacun dit que c’est formidable.»
Philippe Guilbert

En Indre et Loire le lycée viticole d’Amboise propose une formation adulte à la conduite d’attelage qui comprend un module cheval de travail axé viticulture.  http://www.epl-amboisechambray.fr/formations-adultes/cs-utilisateur-de-chevaux-atteles.html

A voir cette vidéo diffusée par TV Bourgueil

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