Témoignage d’un agro-écologue : « Mon sol, du béton… au béton cellulaire ! »

Sur la ferme de la Boulaie, la mise au point d’un système pérenne d’agroécologie n’est pas du luxe.

En Gâtine de Montrésor, les bournais hydromorphes sont particulièrement difficiles. Avec 80% de limons, toute erreur d’appréciation en conditions humides se paye cash. Les horizons se ferment, la structure se compacte, la couche de battance entrave les levées. Autant dire que tout ce qui peut contribuer à protéger le sol, améliorer la circulation verticale de l’air et de l’eau est bon à prendre. Et Pascal Périn ne se prive pas depuis dix ans d’explorer toutes sortes de pistes du non labour à la couverture permanente des sols. Le système de polyculture élevage facilite les choses en alternant les cultures d’hiver et de printemps, les céréales et les légumineuses, les récoltes en grain et les productions fourragères. « Le ferme est en non labour depuis 2004 se plaît à raconter Pascal Périn, l’un des deux associés du Gaec. « A l’époque, Philippe Lion, ancien conseiller de la chambre et chantre du semis direct sous couvert m’avait décompacté la cervelle. Sur cette ferme avec mon frère Emmanuel, nous avions deux défis à relever : premièrement supprimer la battance et l’érosion puis ensuite nous étions désireux de trouver un système de culture moins énergivore. » C’est ainsi qu’en 2004, les frères Périn adhèrent à la Cuma de Chemillé et commencent à utiliser un semoir à disques pour les cultures d’automne et les couverts. « Nous avons démarré le maïs en TCS tout simplement avec un cover-crop. Et en 2009, nous avons monté une marche en achetant, un strip-till, cet outil qui travaille uniquement la ligne de semis des plantes sarclables, soit 30 % de la surface du champ ».

En 2012, nouvelle marche gravie avec l’acquisition d’un  compil Duro, un outil à  bêches roulantes qui n’enfouie par les résidus mais les mélange. Un engin roulant idéal pour un semis à la volée mobilisant peu de puissance. Les graines sont soulevées avec une fine couche de terre et de débris végétaux, le tout retombant par gravité, les graines et la terre de suite recouverts par un mulch. « A 12 km/heure en 4 mètres de large le débit de chantier est appréciable, cette année, dans un contexte climatique plutôt sain j’ai semé les ¾ de ma surface avec. Bien sûr en 2012 et 2013, nous n’avions pas le même moral. Mais quand on voit les résultats sur le charges, le moral a de quoi revenir. « Avec le système SCV, le premier résultat appréciable, c’est une réduction de 20% de notre consommation de carburant et 15% des heures de tracteurs. » L’économie de carburant est un sujet important pour l’exploitant qui est également président du GDA. « Nous autres, exploitants, devront prendre conscience  de la dépendance de l’agriculture à l’azote de synthèse et au pétrole. Nous avons désormais les moyens de les réduire et n’avons rien à gagner à attendre davantage pour le faire. »

Légumineuses à toutes les sauces

Désormais Emmanuel et Pascal ciblent la réduction des achats d’engrais azotés et de protéines. Alors en bon expérimentateur, Pascal qui a été jadis conseiller agricole en Loir & Cher, met les légumineuses à toutes les sauces. Dernière en date, des féveroles semées dans le colza en prévision d’une récolte mixte traitée ensuite au séparateur. « Nous avons essayé l’an dernier et nous avons sorti 5 quintaux de féveroles et 30 q de colza. Les cultures ne paraissent pas souffrir de la concurrence. Cet été j’ai doublé la dose de féveroles en y ajoutant des lentilles et du trèfle blanc et les deux cultures sont très belles. » L’envie d’essayer de nouvelles pratiques était particulièrement favorisé cette saison par le climat automnal. Les deux agriculteurs ont tenté en octobre un sur-semis sur prairie de féverole, de vesce et de pois dans la perspective d’un ensilage. Pari réussi, tout comme cet autre, un méteil de féverole, pois, vesce et céréales semé au Compil et qui sera ensilé au printemps. Entre deux blés, l’interculture semée au cul de la moiss-batt semble de bons augures. Avec un petit anti-graminées, les repousses du premier blé n’ont pas concurrencé l’implantation d’un savant mélange trèfle d’Alexandrie, gesse, tournesol, féveroles que l’hiver va détruire. « Dans ce champ entre la moisson et le semis du blé suivant 5 t de matières sèches hectare et 180 unités d’azote ont été produites. » Sur ces limons réputés difficiles, le Gaec a récolté en 2014, 70 q de blé et 100q de maïs sec.

En multipliant ces pratiques au fil du temps et au gré des possibilités que leur offre le climat, les frères Périn ont mis fin à la battance et à l’érosion de leurs sols. « On constate de la verticalité dans les sols, des turicules et des « cabanes » de vers de terre. C ’est une vraie satisfaction d’être passé d’un sol en béton…au béton cellulaire » conclut avec malice Pascal Périn.

Philippe Guilbert

 

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